Coût de revient d'un agent de propreté : méthode et exemple 2026
Combien vous coûte réellement une heure d'agent ? La méthode complète, du salaire brut au prix de vente conseillé, pour ne plus jamais signer un contrat sous votre coût de revient.

En bref
En bref
Le coût de revient est le chiffre le plus important — et le plus souvent mal calculé — d'une entreprise de propreté. Beaucoup de dirigeants chiffrent leurs prestations à partir du salaire horaire brut, parfois majoré « à la louche », sans isoler les charges patronales ni corriger les heures payées mais non productives. Résultat : des contrats apparemment rentables qui, une fois la marge réelle reconstituée, font travailler à perte. Cette page déroule la méthode complète, étape par étape, avec un exemple chiffré de bout en bout.
Lecture des chiffres
Qu'est-ce que le coût de revient d'un agent ?
Définition
Coût de revient horaire productif
La distinction clé est celle entre heures payées et heures productives. Un salarié à temps plein est rémunéré sur 1 607 heures par an, mais il ne passe pas ces 1 607 heures à nettoyer chez vos clients : congés payés, jours fériés, absences et déplacements amputent le temps réellement facturable. Ignorer cet écart est l'erreur de calcul la plus coûteuse du secteur.
« Tant que vous ne connaissez pas votre coût horaire chargé réel, vous ne vendez pas une prestation : vous pariez sur votre marge. »
La méthode en 6 étapes
Le calcul du coût de revient suit une logique simple et toujours identique. On part du salaire de base de l'agent et on remonte, étape après étape, jusqu'au prix de vente conseillé :
- Salaire brut de base : le taux horaire conventionnel de l'agent selon son échelon, à caler sur la grille de salaire propreté 2026.
- + Charges patronales : environ 42 % du brut à titre indicatif, à affiner selon la réduction générale de cotisations et le taux AT/MP du secteur (voir nos repères de rémunération).
- Coût annuel chargé : le coût horaire chargé multiplié par les heures payées sur l'année (1 607 h pour un temps plein).
- Heures réellement productives : on retranche congés payés (~5 semaines), jours fériés, absentéisme et temps de trajet inter-sites non facturable.
- Coût horaire productif : coût annuel chargé divisé par les heures productives. C'est le coût de revient réel d'une heure facturable.
- Prix de vente conseillé : on ajoute la couverture des frais de structure et une marge cible pour obtenir le tarif à proposer au client.
Étape 1 et 2 : du salaire brut au coût chargé
La première brique est le salaire brut de base. Il dépend de l'échelon de l'agent : un AS1 en entretien courant ne se rémunère pas comme un agent qualifié de service (ATQS) ou un chef d'équipe. Partez toujours du taux conventionnel applicable, puis ajoutez la prime d'ancienneté et les éventuelles majorations (nuit, dimanche, jours fériés) propres au site.
Vient ensuite l'ajout des charges patronales. Sur le marché français, on retient à titre indicatif environ 42 % du brut pour un calcul prudent. Ce taux est une moyenne : la réduction générale de cotisations abaisse fortement le taux effectif sur les rémunérations proches du SMIC, tandis que le taux AT/MP du secteur de la propreté et les cotisations conventionnelles le font remonter. Pour un chiffrage ferme, remplacez ce taux indicatif par votre coefficient de charges réel issu de la paie.
| Étape | Base de calcul | Montant ≈ |
|---|---|---|
| Salaire brut de base (AS1) | Taux horaire conventionnel | 12,30 €/h |
| + Charges patronales | ~42 % du brut | + 5,17 €/h |
| = Coût horaire chargé | Brut + charges | 17,47 €/h |
| Coût annuel chargé (temps plein) | 17,47 € × 1 607 h | ≈ 28 070 €/an |
À ce stade, on a un coût horaire chargé d'environ 17,50 €/h. Mais ce chiffre est trompeur : il suppose que l'agent est productif 1 607 heures par an, ce qui n'est jamais le cas. C'est l'étape suivante qui révèle le coût réel.
Étape 4 : les heures réellement productives
Un temps plein est payé 1 607 heures par an, mais une partie de ce temps n'est pas facturable au client. Pour obtenir le coût de revient réel, il faut retrancher tout ce qui est rémunéré sans production sur site :
- Congés payés (~5 semaines) : l'agent est payé mais absent des sites, soit environ 175 heures par an à déduire.
- Jours fériés chômés : selon le calendrier, on retire l'équivalent de plusieurs journées de travail dans l'année.
- Absentéisme : maladie, retards, aléas. Un taux courant de 5 à 8 % du temps de travail est prudent à provisionner.
- Temps de trajet inter-sites : les déplacements entre deux chantiers dans une même vacation sont du temps payé non facturable, souvent sous-estimé.
| Poste | Heures | Heures restantes |
|---|---|---|
| Heures payées (temps plein) | 1 607 h | 1 607 h |
| − Congés payés (~5 sem.) | − 175 h | 1 432 h |
| − Jours fériés chômés | − 56 h | 1 376 h |
| − Absentéisme (~5 %) | − 69 h | 1 307 h |
| − Trajets inter-sites non facturables | − 50 h | ≈ 1 257 h |
Dans cet exemple, on passe de 1 607 heures payées à environ 1 250 à 1 350 heures réellement productives, selon l'organisation. C'est ce dénominateur, et lui seul, qui doit servir à répartir le coût annuel chargé.
« Répartir le coût chargé sur les heures réellement passées chez le client, et non sur les heures payées, change tout : c'est ce qui sépare un devis rentable d'un contrat travaillé à perte. »
Étape 5 : le coût horaire productif
On divise désormais le coût annuel chargé par les heures productives, et non par les heures payées. C'est ici que le coût horaire bondit par rapport au coût chargé brut :
28 070 € de coût annuel chargé ÷ 1 257 heures productives ≈ 22,3 €/h. Avec un absentéisme plus marqué ou davantage de trajets, on atteint facilement 23 à 24 €/h. Le coût de revient réel d'une heure d'AS1 est donc de l'ordre de 22 à 24 €/h, soit près du double du salaire brut affiché de 12,30 €/h.
Le piège du « brut + un peu »
Étape 6 : du coût chargé au prix de vente
Le coût horaire productif n'est qu'un plancher. Pour fixer un prix de vente viable, il faut encore couvrir les frais de structure (encadrement, contrôle qualité, matériel, consommables, locaux, administratif, assurance) puis ajouter une marge cible. En pratique, on majore le coût productif d'un coefficient qui intègre ces deux composantes.
| Étape | Base de calcul | Montant ≈ |
|---|---|---|
| Coût horaire productif | Coût chargé ÷ heures productives | 23,00 €/h |
| + Frais de structure | ~20 % (encadrement, matériel, admin.) | + 4,60 €/h |
| = Coût complet | Productif + structure | 27,60 €/h |
| + Marge cible | ~20 % du coût complet | + 5,52 €/h |
| = Prix de vente conseillé | Coût complet + marge | ≈ 33 €/h |
Selon le poids réel de votre structure et votre marge visée, le prix de vente conseillé pour un AS1 ressort entre 30 et 35 €/h HT. Ce repère est cohérent avec les fourchettes du tarif horaire du nettoyage et avec la logique d'abonnement décrite dans le prix d'une entreprise de nettoyage.
Exemple chiffré de bout en bout
Reprenons l'ensemble de la chaîne pour un agent AS1 à 12,30 €/h brut, à temps plein, sur des sites en entretien courant :
- Salaire brut : 12,30 €/h, soit 19 766 € sur 1 607 heures payées.
- + Charges patronales (~42 %) : le coût horaire chargé passe à 17,47 €/h, soit un coût annuel chargé de ≈ 28 070 €.
- Heures productives : après congés, fériés, absentéisme et trajets, on retient ≈ 1 257 heures réellement facturables.
- Coût horaire productif : 28 070 € ÷ 1 257 h ≈ 22,3 €/h, arrondi à 23 €/h pour la prudence.
- + Frais de structure (~20 %) et + marge (~20 %) : le prix de vente conseillé ressort à ≈ 33 €/h HT.
Conclusion : un agent affiché à 12,30 €/h de brut doit se facturer autour de 30 à 35 €/h HT pour couvrir charges, improductivité, structure et marge. Tout devis remporté nettement sous 25 €/h pour ce profil détruit de la valeur, sauf à rogner sur la qualité, la déclaration du personnel ou la cadence — ce qui se paie tôt ou tard.
À retenir
- Le coût de revient d'un agent n'est pas son salaire brut : comptez charges (~42 %) et improductivité.
- Pour un AS1 à 12,30 €/h brut, le coût horaire chargé est d'environ 17,50 €/h.
- Répartissez le coût annuel chargé sur les heures productives (≈ 1 250-1 350 h), pas sur 1 607 h.
- Le coût horaire productif réel ressort autour de 22 à 24 €/h pour un AS1.
- Ajoutez frais de structure et marge : le prix de vente conseillé est de 30 à 35 €/h HT.
- Vendre sous le coût productif fait travailler à perte, quelle que soit la marge affichée.
Les erreurs qui détruisent la marge
Trois erreurs reviennent systématiquement dans les chiffrages perdants. Les connaître permet de sécuriser chaque devis :
- Oublier l'improductivité : diviser le coût chargé par 1 607 heures au lieu des heures réellement productives sous-estime le coût de 15 à 25 %. C'est l'erreur la plus coûteuse.
- Sous-estimer les charges : retenir un taux de charges trop optimiste, ou oublier le taux AT/MP propre à la propreté et les cotisations conventionnelles, abaisse artificiellement le coût horaire.
- Négliger les majorations : un site nettoyé de nuit, le dimanche ou un jour férié déclenche des majorations qui alourdissent le coût horaire réel et doivent être répercutées dans le prix. Voir nos repères sur les heures supplémentaires.
Une fois votre coût de revient maîtrisé, vous pouvez challenger n'importe quel devis, le vôtre comme celui d'un concurrent. Pour appliquer cette logique à une grille de comparaison, suivez notre méthode de comparaison des devis.
Du coût de revient au prix juste
Partez du bon salaire de base, puis vérifiez la cohérence de vos prix de vente.
Consultant exploitation & achats propreté
Ancien responsable d'exploitation dans un groupe de multiservices. Analyse les structures de coûts, les tarifs et la rentabilité des prestations de nettoyage.
Publié le 15 mars 2026 · Mis à jour le 20 juin 2026


