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Réglementation · Transfert de personnel

Transfert de personnel (annexe 7) dans la propreté

Lors d'un changement de prestataire, l'annexe 7 de la convention collective propreté impose la reprise des salariés affectés au marché. Conditions, refus du salarié, licenciement, obligations de l'entrant et du sortant, et modèle de liste du personnel.

Par Léa Dometille 14 min de lecture Mis à jour le 12 octobre 2026
Illustration : Transfert de personnel (annexe 7) dans la propreté

En bref

En bref

L'annexe 7, aujourd'hui l'article 7 de la convention collective propreté (IDCC 3043), organise la reprise du personnel lorsqu'un marché de nettoyage change de prestataire. L'entreprise entrante doit reprendre les salariés en CDI qui consacrent au moins 30 % de leur temps au marché, y sont affectés depuis au moins 6 mois et ne sont pas absents depuis 4 mois ou plus, avec leur ancienneté et leur rémunération. Le salarié doit toutefois donner son accord exprès au changement d'employeur, selon la Cour de cassation.

La propreté est un secteur où les marchés se gagnent et se perdent au fil des appels d'offres. Sans dispositif spécifique, chaque changement de prestataire entraînerait des licenciements en cascade. L'annexe 7 organise au contraire une continuité de l'emploi : les salariés « suivent » le site plutôt que l'employeur. Ce mécanisme conventionnel, propre à la branche, s'applique là où le Code du travail ne prévoit pas de transfert automatique : la simple perte d'un marché de prestation ne suffit pas, en général, à déclencher le transfert légal des contrats.

Définition

Annexe 7 (garantie d'emploi)

Garantie d'emploi de la convention collective des entreprises de propreté, désormais inscrite à son article 7 : lors d'un changement de prestataire, l'entreprise qui reprend le marché garantit l'emploi des salariés qui y sont affectés et qui remplissent les conditions de niveau, d'affectation, d'ancienneté sur le marché et d'absence prévues par le texte.

Le principe de l'annexe 7

Lorsqu'un client confie son marché à un nouveau prestataire, l'entreprise sortante perd le chantier et l'entreprise entrante doit reprendre le personnel qui remplit les conditions. Le contrat se poursuit avec un nouvel employeur : il y a changement d'employeur, pas perte d'emploi. L'obligation de reprise s'impose aux entreprises ; côté salarié, la jurisprudence exige son accord exprès (voir plus bas).

Conditions de reprise du personnel

Les conditions sont cumulatives et s'apprécient à la date d'expiration du contrat commercial ou du marché public.

Conditions de reprise de l'article 7.2 de la convention propreté
CritèreCondition
Niveau et affectationNiveaux AS, AQS, ATQS et CE : au moins 30 % du temps de travail total sur le marché. MP1 et MP2 : affectation exclusive au marché
ContratCDI, ou CDD conclu pour remplacer un salarié absent qui remplit lui-même les conditions
Ancienneté sur le marchéAu moins 6 mois d'affectation à la date d'expiration du contrat
AbsenceNe pas être absent depuis 4 mois ou plus à cette date, sauf exceptions prévues par le texte (congé de maternité notamment)
Situation administrativePour un salarié étranger, être en situation régulière au regard du droit du travail

Vérifier la version applicable

Ces conditions sont celles de l'article 7.2, appliquées par la Cour de cassation (Cass. soc., 17 avril 2019, n° 17-31.339, pour les conditions de 6 mois et de 4 mois). Contrôlez la version en vigueur du texte à la date du changement de prestataire, et analysez chaque dossier à partir des plannings et des contrats.

Salariés concernés

Les salariés qui ne remplissent pas les conditions (affectation récente, temps sur le site inférieur à 30 %, absence de 4 mois ou plus, niveau non visé) restent salariés de l'entreprise sortante. Un salarié qui remplit les conditions mais travaille aussi sur d'autres sites n'est en principe repris que pour la part de son temps consacrée au marché : il a alors deux employeurs. La liste des salariés transférables est le point le plus sensible de la passation.

Le salarié peut-il refuser le transfert ?

La convention présente le transfert comme automatique. La Cour de cassation juge pourtant que le changement d'employeur organisé par une convention collective, hors du transfert légal de l'article L1224-1 du Code du travail, suppose l'accord exprès du salarié, qui ne peut se déduire de la seule poursuite du travail sous une autre direction (Cass. soc., 12 septembre 2018, n° 16-28.407).

  • En pratique : faites signer l'avenant au contrat de travail établi par l'entreprise entrante. C'est la trace de cet accord.
  • Si le salarié refuse : il reste salarié de l'entreprise sortante. Les conséquences de ce refus sont discutées. Certains commentateurs y voient une démission au regard du texte conventionnel, d'autres un licenciement à justifier. Ne traitez pas un refus comme une démission sans avis juridique.

Annexe 7 et licenciement : qui supporte la rupture ?

Situations de rupture liées à un changement de prestataire
SituationCe qu'il faut retenir
L'entrante refuse un salarié qui remplit les conditionsLe refus de poursuivre le contrat peut être analysé comme une rupture imputable à l'entreprise entrante, avec les conséquences d'un licenciement injustifié
Le salarié ne remplit pas les conditionsIl reste salarié de la sortante, qui doit chercher une autre affectation conforme à son contrat ; une rupture doit reposer sur un motif réel et sérieux et suivre la procédure applicable
Le salarié éligible refuse le transfertIl reste salarié de la sortante ; la qualification d'une rupture éventuelle est discutée, d'où la nécessité d'un avis juridique

Dans tous les cas, l'entreprise sortante doit pouvoir justifier la liste qu'elle a transmise : une erreur sur l'éligibilité d'un salarié se paie en contentieux, du côté de l'entreprise qui l'a commise.

Checklist de la reprise du personnel

Entreprise sortante

  1. Établir la liste de tout le personnel affecté au marché, en signalant les salariés qui remplissent les conditions de reprise (article 7.3).
  2. La transmettre à l'entreprise entrante dès que ses coordonnées sont connues, avec les documents prévus par le texte.
  3. Informer les salariés concernés du changement de prestataire.

Entreprise entrante

  1. Vérifier chaque dossier : niveau, 30 % ou affectation exclusive, 6 mois, 4 mois d'absence.
  2. Établir l'avenant au contrat de travail et recueillir la signature du salarié.
  3. Reprendre l'ancienneté, la classification et la rémunération, primes comprises.
  4. Intégrer ce coût réel dans le prix du marché : voir chiffrer une réponse à un appel d'offres.

À retenir

  • L'annexe 7 fait suivre les salariés au site, pas à l'employeur, lors d'un changement de prestataire.
  • Conditions cumulatives : niveau et 30 % du temps (ou affectation exclusive pour MP1-MP2), CDI, 6 mois sur le marché, pas d'absence de 4 mois ou plus.
  • Le salarié doit donner son accord exprès au changement d'employeur : faites signer l'avenant.
  • Le contrat est repris dans ses éléments essentiels : ancienneté, classification et rémunération sont maintenues.

Modèle de liste du personnel transférable

La liste doit permettre à l'entreprise entrante de vérifier chaque condition et de chiffrer la reprise. Voici les colonnes utiles ; complétez-les avec les pièces prévues par la convention.

Colonnes d'une liste du personnel transférable (modèle pratique)
ColonneCe qu'elle permet de vérifier
Nom, matriculeIdentifier le salarié
Niveau et échelon (AS à CE, MP1, MP2)Que le niveau est visé par la garantie d'emploi
Type de contratCDI, ou CDD de remplacement d'un salarié éligible
Date d'affectation au marchéLa condition des 6 mois
Heures mensuelles sur le marché et heures totalesLa condition des 30 % ou l'affectation exclusive
Absence en cours et date de débutLa condition des 4 mois
Salaire de base, primes, ancienneté dans l'entrepriseLe maintien de la rémunération et le chiffrage
Autres sites du salariéUn éventuel transfert partiel

Maintien des contrats

Le salarié transféré conserve son ancienneté, sa classification et sa rémunération. La classification et l'échelon du salarié ne peuvent donc pas être revus à la baisse à l'occasion du transfert, et son niveau de salaire est garanti au regard de la grille de salaire en vigueur.

Jurisprudence à connaître

Décisions citées sur la reprise du personnel
DécisionApport
Cass. soc., 17 avril 2019, n° 17-31.339Applique les conditions de l'article 7.2 : CDI, 6 mois d'affectation, absence de moins de 4 mois à l'expiration du contrat
Cass. soc., 12 septembre 2018, n° 16-28.407Le changement d'employeur prévu par une convention collective suppose l'accord exprès du salarié
Cass. soc., 19 mai 2016, n° 14-26.556Entre prestataires successifs d'un marché, le transfert conventionnel exige l'accord explicite du salarié (hors propreté)

Ces références sont données pour orienter vos recherches : lisez la décision complète et faites valider son application à votre situation.

Points de vigilance

Plusieurs erreurs reviennent fréquemment dans les passations de marché : liste de salariés incomplète ou contestée, éléments de paie transmis tardivement, oubli des soldes de congés et des primes d'ancienneté, mauvaise appréciation des 30 % d'affectation, ou avenant non signé. Pour l'entreprise entrante, ces zones de flou se traduisent en coûts cachés et en contentieux. Une vérification rigoureuse de l'éligibilité, dossier par dossier, reste la meilleure protection.

Reprendre un marché ? Anticipez le cadre conventionnel

Le transfert s'inscrit dans la convention collective IDCC 3043. Revoyez-en les piliers.

Pour aller plus loin : guide complet de l'entreprise de nettoyage · glossaire de la propreté

Photo de Léa Dometille, Autrice de PropretéPro

Autrice de PropretéPro

Léa Dometille signe les guides de PropretéPro et en assure la mise à jour à partir des sources citées et d’exemples de gestion documentés.

Publié le 15 février 2026 · Mis à jour le 12 octobre 2026

Questions fréquentes

C'est le nom usuel de la garantie d'emploi de la convention collective des entreprises de propreté (IDCC 3043), aujourd'hui inscrite à son article 7. Lorsqu'un marché change de prestataire, l'entreprise entrante doit reprendre les salariés affectés au marché qui remplissent les conditions, avec leur ancienneté, leur qualification et leur rémunération.